La communauté gitane rend hommage à son éducateur ...

Le contexte :
Depuis de nombreuses années, le travail de rue effectué sur la commune de Port de Bouc, et notamment sur le quartier des Aigues Douces, a fait émerger un sentiment d’exclusion de la communauté gitane de la vie sociale portdeboucaine.
Au-delà de ce sentiment, le discours récurrent tenu par les différents acteurs de la ville sur la communauté était dévalorisant : « avec eux, on ne peut rien faire ! ».
Au travers des discussions avec les jeunes, on note que les demandes étaient essentiellement tournées sur la musique et plus particulièrement le flamenco.

Il s’est agi dans un premier temps d’interpeller le service culturel afin d’obtenir une première approche des savoir-faire de ces jeunes. La ville a donc mis à disposition une salle de répétition que nous avons ouverte deux fois par semaine. S’y réunissaient 20 voire 30 jeunes parfois. Ils étaient âgés de 14 à 18 ans, la plupart en décrochage scolaire.
Un travail éducatif individualisé a pu commencer autour de ces répétitions et un désir de s’investir au sein de la commune a vu le jour chez ces jeunes :
Participation à la fête de quartier, puis à la fête de la musique.

De cette mise en représentation a découlé un véritable intérêt de la municipalité. De cette reconnaissance, sont nés deux ateliers financés par le service culturel :
Chant et musique pour les garçons et danse pour les filles.
Ces ateliers ont abouti à l’élaboration d’un spectacle avec représentation du travail accompli.

Hommage :
L’excitation est à son comble. Il est 19h30 et c’est le grand soir. On peut entendre les talons claquer, les guitares s’accorder, des répétitions de chants. Le maquillage pour les filles, le gel pour les garçons.
Toutes les minutes, on vient se rassurer en jetant un petit coup d’œil derrière le rideau. Tous les jeunes ont la même question en tête : « Va-t-il y avoir du monde pour venir nous applaudir ? ».

Ce spectacle va mettre en lumière ce groupe de 7 gitans accompagnés de jeunes filles, danseuses de flamenco et va permettre de rendre un dernier hommage à leur éducateur disparu depuis peu.
Un espace pour eux, pour exprimer ce qu’est leur culture à travers ce message : « nous avons notre culture, notre mode de vie, mais nous sommes aussi comme tout le monde, des jeunes comme les autres ! ».
La salle devient noire. Sur scène, les élus et techniciens locaux engagés dans le projet rendent hommage à Jacques Toussaint, éducateur et initiateur de cette action, et à tout le travail effectué avec cette communauté ces dernières années. Le spectacle commence, une sérénité s’est instaurée dès les premiers accords de guitare. Dans la salle, l’émotion est palpable, la musique et la danse commencent à envoûter les spectateurs.

La représentation se déroule comme prévu, les jeunes sont heureux et les spectateurs ravis. C’est la première fois que ce groupe joue un spectacle entier devant autant de monde et dans un théâtre municipal.

Dès la fin, on peut voir des mines réjouies. Les jeunes sont fiers d’avoir pu et su mettre en valeur leurs savoir-faire. Les 250 spectateurs se lèvent et on assiste à une véritable ovation. Le passage d’une image de soi dévalorisée à la fierté du travail accompli leur semblait le plus bel hommage qu’ils puissent rendre à l’éducateur qui a passé tant de temps près d’eux, avec eux.

Aujourd’hui, ce groupe continue d’investir la salle John Lennon pour répéter avec une envie de s’impliquer dans la vie sociale.